Secret Avengers #1
(spoiler zone for VF guys)
Deux petits mois. C’est un peu juste pour juger mais globalement l‘Heroic Age commence bien bien. Une légère préférence pour le dernier Brubaker, grosses sensations à la lecture des deux premiers chapitres. Derrière ce énième titre estampillé “avengers” se cache un nouvel ongoing sur lequel le scénariste s’essaie aux joies de l’écriture d’une team de son propre cru, en récupérant au passage Deodato JR, devenu coutumier des relaunch post big event. Le dessineux a un beau pedigree, entre autre l’excellent remaniement des Thunderbolts période Initiative, signé Warren Ellis. Un avant-goût du règne des méchants qui commençait à entrer par la petite porte pendant Civil War, mais avant tout, une superbe interprétation du concept de base de cette série “les vilains passent pour des gentils”. Rien que pour son Norman Osborn fou à lier, le run d’Ellis vaut le méga détour. Puis Deodato dévie logiquement sur les Dark Avengers en période Dark Reign avec son poto Bendis. Une sorte de Thunderblots 2.0 qui joue plus à fond la carte de l’usurpation -il ne s’agit plus de faire comme les gentils mais de carrément leur piquer costumes, palmarès et identité (dur). Prometteur mais moins pêchue au final, il manquait le petit brin de folie de la première version.

Sur Secret Avengers, on part sur autre chose. Une team Avengers dans l’esprit de la série Captain America du même scénariste, le coup de poliche en moins, le côté Black Ops en plus. Steve Rogers en tête, on règle les problèmes cosmiques ou politiques sans se montrer, Thor et Iron Man sont là pour jouer les fuckin’ poser sur The Avengers. Le titre s’oriente clairement vers une ambiance espionnage dans le climat post-traumatique du “règne des méchants”, un gros accent circonflexe sur l’aspect militaire, point commun de l’équipe qu’on aura mis du temps à trouver après l’annonce de la compo. Au programme : Beast, War Machine, Nova, Moon Knight, Ant-Man, Valkyrie et Black Widow, supervisés par Sharon Carter et Steve Rogers. Ça peut ressembler à un gros fourre-tout sans saveurs à première vue, une espèce de pot-pourri de persos un peu gênants pour tout le monde, mais l’écriture de Brubaker se révèle ingénieuse et nous montre une autre facette des choses, celle où tout se joue en arrière-plan.

Steve Rogers en tête de file, on n’échappe au petit goût New Avengers sur nos lèvres. Sauf qu’ici on ne tombe pas dans l’exhibition de grosses stars marveliennes qui tâchent, mais plus de seconds couteaux injustement inexploités. On le sait, il n’y pas de mauvais persos, il y a des mauvais scénaristes sans imagination. Le prétexte de la grosse baston réunificatrice un peu facile laisse place à des personnages éparpillés cherchant à se reconstruire, tous “ex-truc” ou “ancien membre de”. Gros bras hi-tech, scientifique, espion, kikooloul de service ou cosmic guy, chaque rôle est amené séparément, au compte goutte, puis très vite incorporé au groupe, très naturellement. Comme souvent avec Deodato aux dessins, le résultat est incisif et nerveux. Les plans sont variés, les cases chamboulés dans les moments d’agitations, pour ensuite reprendre un rythme plus calme lors des scènes de parlottes. Chacun joue son rôle et personne n’est mis au second plan. Pour ce seul point (essentiel dans l’écriture d’une team), le titre vaut le coup. Brubaker montre toute l’étendue de son talent de narration et prend à contre-pied avec un casting inattendu et fragile malgré les apparences. L’équipe demeure assez lunatique et n’a jamais bossé ensemble auparavant. Le petit plus Periglioni : on est loin des enfants de chœurs des team plus conventionnelles. Ça croustille pendant les fights et c’est crédible quand ça ouvre sa bouche. Pour l’instant ça se tient bien.